jeudi 9 juillet 2009

Cric-crac lo conte es commença

« Écoutez tous petits et grands
c'est une histoire d'un autre temps,
celle d'une fille dont les dentelles
furent souillées d'être trop belles
 »

Or donc, il y eut une fois un roi et une reine, dont la succession était déjà assurée, puisqu'ils avaient un fils.
Mais, leur bonheur n'était pas complet. Il leur manquait une petite fille, une jolie petite fille blanche et douce comme un lys.
Un jour qu'elle se languissait au bord d'une fontaine, parce qu'elle se savait proche de voir tarir sa source, la reine vit apparaître l'esprit de l'eau, qui avait pris la forme d'une écrevisse.

« Là-bas, là-bas dans le vallon
la blanche reine soupire
Elle raconte à l'eau s'écoulant,
celle que son cœur désire
 »

« Qui a salé l'eau de ma fontaine ? » grommelle l'écrevisse.
Et, elle voit que ce sont les larmes de la reine.

« Qu'as-tu, qu'as-tu à regretter
qui trouble mon eau vive ?
Aurais-tu donc le cœur blessé,
que t'empêche de vivre ?
 »

Touchée par le désespoir de la femme, elle la conduisit jusqu'à ses sœurs en leur château. Et comme elles étaient bonnes fées et que la reine vivait son automne au début de leur printemps, elles lui firent promesse et de l'enfant désiré et de leur présence bienfaitrice au baptême.
Et c'est donc baptisée du doux nom de Marguerite que la petite fille se vit douée de la beauté blanche et du cœur doré de de ces fleurs des prés.
C'est ce moment que – coup de théâtre !– l'écrevisse choisit pour faire son entrée, à reculons comme il se doit, en fouettant l'air de ses pinces.

C'est qu'il n'était pas content l'esprit de l'eau, ça non, de n'avoir pas été convié aux festivités. Et il le fit clairement savoir :
Bien négligents tous vous avez été
vous surtout mes sœurs !
Trop belle elle est,
beaucoup trop belle.
Pour qu'elle vive, si vous le voulez
des hommes il faudra la cacher
jusqu'en sa seizième année !

Et c'est le cœur bien marri que le roi et la reine firent édifier une tour close, sans ouverture aucune, pour y enfermer Marguerite, dont les cheveux d'or ne connurent désormais que la lueur des flambeaux pour les faire miroiter.
Mais,
il était un homme qui avait été oublié.
Un enfant d'abord oui, mais qui devenait un homme au fil des ans.
C'était son frère.
Son frère Renaud qui seul, avait le droit de venir la distraire.
Et pour la distraire, il lui parlait de la lumière du jour, de la lueur de la lune, de tous les attraits de ce monde totalement inconnu pour elle.
C'est ainsi qu'il lui appris les délices brûlants et les violents tourments du désir, alors qu'elle délaissait peu à peu les dentelles de l'enfance pour devenir femme sous les brocards.
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Ce désir de soleil et de vent, Marguerite, elle le plaçait tout entier dans un petit portrait qu'elle regardait chaque jour, et sur lequel elle promenait ses doigts fins pour s'apaiser.
Car Marguerite, si elle connaissait le désir, connaissait aussi l'amour depuis que le prince du portrait lui avait donné son cœur, lui qui ne l'avait encore jamais vue qu'en miniature peinte de couleurs fines.
Seule l'image du jeune homme parvenait à chasser la terreur des cauchemars de Marguerite.

« Ma mère j'ai grand peine en moi
d'un rêve qui me déchire,
car j'y suis fille chaque nuit
mais au jour blanche biche .

Les chiens de vos grands veneurs
sont toujours à ma suite,
mais celui de Renaud mon frère
sanglante est sa poursuite.
 »

Et de voir sa fille si triste, tant en peine, le roi et la reine acceptent, à trois jours seulement de ses quinze ans, qu'elle rejoigne son prince dans une litière entièrement fermée.
Personne, non personne, hormis l'inconscient de Marguerite, ne soupçonne à quel point les affres de la jalousie ont corrompu l'âme de Renaud.
Car jusqu'alors, sa sœur n'était qu'à lui. Et l'idée qu'elle puisse appartenir à un autre, ça le rend fou. Non, vraiment, s'il ne peut la garder pour lui seul, elle ne sera à personne.
De la pointe de son couteau, il découd le dessus de la litière. A la première branche basse, c'est le drame, le dessus s'arrache d'un coup. Dans un éclair gracieux de blancheur, l'image de Marguerite disparaît sous les frondaisons, dans les lambeaux de la brume d'automne.
Aucun cri, aucun pleur, aucune battue ne la ramène.
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L'hiver passe, puis de nouveau le printemps et avec ce printemps qui revient, dans le sous bois, Renaud, dont l'âme noire s'était éteinte avec la disparition de sa sœur, Renaud donc retrouve la fièvre du désir en apercevant une biche fuyant, une biche aussi blanche que neige.
Nuit et jour, oublieux même du sommeil, il s'acharne à la chasse. Et la reine, déjà très éprouvée par la perte de Marguerite, se souvient du rêve.
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« Où sont tes chiens Renaud mon fils
tes chiens ta chasserie ?
Mes chiens sont seuls dedans les bois,
chassant la blanche biche.

Rappelle-les, Renaud mon fils
rappelle-les bien vite,
la biche que tu poursuis
c'est ta sœur Marguerite.


Il prend d'abord son cornet d'or
sa trompette jolie
mais le sang lui bat bien trop fort
il sonne l'hallali

Elle a les cheveux blonds et peignés
et les seins d'une fille
Renaud prend son couteau d'argent
en quartiers il l'a mise


Il s'en va dire au cuisinier
ce soir qu'elle soit cuite
car j'invite pour mon souper
le roi, sa compagnie

Ne furent pas au milieu du repas
comme manque Marguerite !
Soupez messieurs, soupez donc là
je suis la première assise


Ma jolie tête est dans le plat
et mon cœur en cheville
et mon sang partout répandu
dans toute la cuisine

Entre ces deux plateaux d'or
mes poitrines sanguines
à ces jolis crochets d'argent
mon joli corps pendille. 
»

Fini le repas, oubliée la curée sur la biche dépecée.
En cette nuit noire privée d'étoiles, une forme de fille s'échappe par le fenestron, dans une nuée blanche et dorée.
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Comment souhaitez-vous que cette histoire se termine ?
Bien ?
Mal ?
Ah, le bien et le mal ! On pourrait en dire des choses là-dessus, hein ?
Cric, crac, mon conte es acaba
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PS. Conte réécrit d'après la chanson "la blanche biche", qu'on peut trouver sur le CD Jardin des mystères, là :
http://ulysse.ange.free.fr/JardinMysteres_accueil.html
et un conte d'Henri Pourrat...
tout ça pendant le stage conte/chant animé par André Ricros du 3 au 8 juillet 2009 dans le cadre du festival les volcaniques, organisé par les Brayauds.
Là :
http://brayauds.free.fr/

2 commentaires:

cynthia a dit…

:) le conte est d'Henri Pourrat. J'aime beaucoup ton blog
Cynthia.

Coline a dit…

Merci Cynthia, je rajoute.