mercredi 22 mai 2013

Le méga kiff du jour

ou plutôt du soir
c'est laver le sol (non ça c'est pas kiffant)
en rentrant du jardin
et pouvoir ouvrir en grand porte et fenêtres pour laisser sécher,
et tout d'un coup
dans la lumière qui décline un peu
ce moment de grâce
qu'on voudrait partager
mais qui n'appartient qu'à nous

entre chance et bien-être
sentir l'odeur de l'air dans la maison
l'herbe et la terre humides
saisir les trilles des merles qui se répondent de haie en haie
applaudir au ballet des mésanges, des pies, des geais

puis
prendre mon assiette
et dîner dehors,
pour la première fois
sous des bandeaux d'azur traversés de chevaux blancs
à la poursuite d'improbables équipages de dragons moutonneux

un peu
comme si c'était..
comment dire ?
le printemps ?


Aaaaaaaaaaaaaaaaaaalors, j'raconte...

Côté examen,
j'ai retrouvé Anne-Laure,
et on pense toutes les deux que ça s'est bien passé,
même si je suis restée sèche sur une ou deux questions
trop light sur les nouveaux textes et la nourriture théorique,
alors qu'il ne s'agit pas juste de valider une expérience
- j'ai quand même été mignonne en m'abstenant de faire remarquer que le temps était dépassé -

ça m'a permis de me rendre compte
que
c'est clair,
je n'ai plus les mêmes priorité professionnelles qu'avant,
plus ce besoin d'occuper chaque parcelle de mon temps avec du lourd.
C'est-à-dire que si je ne l'ai pas cette année,
ça attendra l'an prochain.
Cela dit,
on n'était que trois candidates,
et la dernière, qui ne savait pas ce que voulait dire FLS,
n'avait jamais non plus ouvert de manuel de FLE...

Après,
on a bravé la pluie pour aller boire un coup
- pas en terrasse, vous pensez bien -
et on s'est raconté des trucs
et c'était cool.


Côté maison,
un dernière visite d'agence hier,
une estimation de notaire,
demain,
et plein de doutes.
Pas trop sur le prix : j'ai zappé l'agence à 110 000 euros nets vendeur et mandat d'exclusivité,
on est plutôt entre 125 000 et 130 000.
Comment mettre en vente ?
Entre particuliers : c'est le défilé de curieux garanti, mais une somme moins élevée à afficher.
Les agences  : frais variables de 6% à 9%.
Le notaire : moins de dynamisme commercial, mais pas de frais qui majorent le prix.
Je prendrai ma décision finale, prix et partenaire (s) ce week-end.
Après tout, rien ne presse.

Et puis
en vrac
côté jardin,
il ne pleut plus depuis, allez, quatre bonnes heures.
On n'en est pas au soleil,
mais je vais peut être réussir à passer une heure dehors sans me mouiller.

Côté boulot,
j'ai obtenu 30 heures de stages d'été pour mes élèves
les fameux RAN "remise à niveau", mais fléchés pour eux,
(et des heures sup pour moi.)

Le CDDP va aussi me prêter, à long terme,
deux tablettes pour mes cours.
Deux heures de formation début juillet,
zéro investissement,
zéro maintenance,
apps payées sur leur budget.

Côté sensible
une commande d'une heure de concert a capella,
pour la rentrée.

Elle est pas belle la vie ?

Édit : la pétition mentale, déjà, ça a marché pour LGV, qui a eu ce concours qui lui résistait si fort.
Vous Zêtes trop forts !



lundi 20 mai 2013

Blog roll

Deux blogs pro que j'aime bien :

Celui de Stylo rouge et crayon gris,
surtout les onglets "cartes mentales"
et "dysférences".


Et le
Petit abécédaire de l'école 
dont l'auteur,
qui a lu Serge Boimare et réfléchi à l'empêchement d'apprendre,
travaille sur les feuilletons d'Hermès et de Thésée,
et met à votre disposition les fiches qu'il a créées pour travailler sur ces supports
(onglet "Myhthologie")


Pétitions mentales

Pendant que je finis de calibrer mes dix minutes de soutenance,
j'ai reçu un message d'Anne-Laure,
camarade corrézienne de français langue seconde,
croisée en formation pour la pénitentiaire,
immédiatement intégrée dans mon réseau de sympathie,
du coup inscrite en même temps que moi,
et qui sera aussi sur le grill à Limoges demain matin.

Un coucou qui tombe à pic.

Comme ça avait bien marché,
il y a deux ans de ça,
dans des circonstances difficiles en plus,
je vous invite de nouveau à envoyer des ondes positives,
et même à les faire envoyer par des gens que je ne connais pas.
Vous, ceux qui commentent,
et les autres,
les silencieux,
les qui n'écrivent pas,
mais les qui n'en pensent pas moins.
  • Oui, je signe la pétition mentale,
    pour qu'Anne-Laure et Coline réussissent leur certification ce mardi 21 mai.
    A 9h10, demain matin, je cliquerai dans mes pensées pour la soutenance
    et l'entretien.



    Pis,
    comme on ne va pas s'arrêter en si bon chemin :
  •  Oui, je signe la pétition mentale,
    pour que Coline vende sa maison au lieu de ses reins.
    Je clique tout de suite, en y pensant très fort,
    et je cliquerai chaque matin,
    jusqu'à ce que vente s'ensuive.
    Mention spéciale pour mes Z'aides : c'est le moment d'envoyer Ste Rita au 33 33...

samedi 18 mai 2013

Des nouvelles d'Anita et Willy

"hallo vandaag vertrokken in roncesvalles met veel sneeuw ong 15cm
onderweg veel modder en smeltwater de tocht van 25 km was enorm 
veel dalen en stijgen
zijn nu in zubiri
morgen zien we wel 
kan vandaag op internet in ons verblijf 
grts aan iedereen van anita en willy"
 
 
 
Vous vous souvenez de Willy et d'Anita 
qui avaient dû s'arrêter à Ste Foy-la-Grande
pour cause de quasi-gangrène des pieds d'Anita ?

Ils sont repartis en avril cette année,
de Ste-Foy
et ils ont passé les Pyrénées
avec 15 cm de neige apparemment 
des grimpettes et des descentes dans la gadoue et sous des trombes d'eau.
Soit ils sont déjà à Zubiri, l'étape suivante, soit ils y arrivent demain, 
je ne comprends pas toutes les conjugaisons,
mon flamand n'est pas fluent...

 
 
 

Spring spleen

A peine le temps de tondre la pelouse,
et de nouveau le froid, le gris, la pluie.
Pourtant, j'ouvre la fenêtre et le parfum de l'herbe coupée,
mêlé à l'effluve entêtant des lilas,
envahit le bureau.

Des fenêtres de ma chambre,
le spectacle est plus coloré,
d'habitude,
plus terne cette année.
Mais j'aime toujours bien
ouvrir les volets
et me replonge cinq minutes sous la couette
le temps d'avoir l'impression
de me réveiller dans le jardin.
J'aime ce moment,
venu tardivement il est vrai,
où les arbres sont fleuris,
et étalent leurs couleurs crémeuses sur le bleu le blanc glacé d'un ciel si bas.


On ne peut pas dire que je sois top motivée
par le jardin pour l'heure.
Rentrée de mes douze jours de marche,
j'ai retrouvé une jungle,
que j'ai eu le plus grand mal à reprendre en main,
entre un emploi du temps serré,
et la météo pourrie.
Je n'ai taillé l'hortensia qu'hier soir,
et sévèrement,
parce qu'il a bien morflé cet hiver.
J'ai pensé au bleu magnifique qu'il déploiera dans quelques semaines
et ça m'a boostée.
En levant la tête,
j'ai remarqué que les deux cerisiers sont pleins de petites pampilles vertes,
la pluie et le froid ne les ont pas étouffés comme l'an dernier,
c'est déjà ça.

J'ai décidé aussi d'occuper ces trois jours de week-end
(enfin ce qui en restera : je passe aussi ma certification de Français langue seconde mardi matin)
à mettre en place le potager,
comme d'habitude.
D'abord parce que
pour l'instant, je vis ici,
et que j'ai envie que ça continue d'y être vivant justement ;
Je n'ai aucune idée du temps qu'il me faudra pour vendre,
pas question de m'imposer un panorama de bidonville,
dans le cas où le provisoire devrait durer.
Ensuite,
je me dis
que ça peut faire une différence au moment des visites,
un jardin qui donne envie de faire péter le barbecue,
par rapport aux no man's land des maisons inoccupées.

Hier,
j'ai reçu deux autres estimations, à 15 000 euros de plus environ.
Soit elles sont trop optimistes,
soit le premier a sous-estimé pour vendre plus vite.
De toute façon,
je la mettrai dans deux agences,
pas plus,
et je choisirai au feeling,
en fonction du contact avec mes interlocuteurs.
J'aime pas bien les brasseurs de vent
qui imposent un mandat d'exclusivité,
et forcent la main en actionnant le levier de la peur.
Je n'ai pas peur, de toute façon :
j'ai un toit au-dessus de ma tête, et un jardin qui m'apaise.

Je suis aussi passée devant une maison-témoin de Bâtidur,
un constructeur limousin de bonne réputation.
Jusque-là,
j'avais fait une croix sur l'idée d'un pavillon neuf,
je les trouve affreux.
Mais celui-là m'a plu, avec ses lignes contemporaines, ses fenêtres en alu, sa terrasse couverte.
Ce serait un gros investissement d'énergie,
surtout seule,
mais ensuite pas mal d'années de tranquillité.

Pour arbitrer entre fantasme et éventuel projet,
j'ai pris rendez-vous avec la responsable de l'agence locale.
Il se trouve que c'est elle qui m'a vendu ma maison actuelle,
quand elle était commerciale chez celui-là même qui l'estime au prix le plus bas.
Ces raccourcis, ça me plaît.

jeudi 16 mai 2013

Sauvageon

"- Moi madame, j'arrive pas à trouver de boulot.
Dès qu'ils voient mon nom, les gens, ils veulent même pas me voir.
J'l'ai dit au juge, hein, de toutes façon, moi je resterai au chômage toute ma vie.
- Au chômage ?
- Non madame, un sauvage -il ne prononce pas correctement, chuinte les s et les j, équalize les u comme des i, nasalise tous les an/on/in dans le même son- un sauvage vous voyez. Toute ma vie je resterai un délinquant.
- Mais enfin, vous ne pouvez pas dire ça. Vous avez quel âge ?
- Vingt ans.
- Vingt ans, ce n'est rien. Vous n'êtes même pas fini. Vous pouvez changer beaucoup de choses encore.
- Non madame. C'est quoi ce monde, où on ne peut pas être comme on est ?  Les gens, ils ont peur de moi, et moi, ils me font peur aussi. J'aime mieux rester à part, pas me mélanger. On est comme des sauvages de la forêt"
Je me sens touchée par la profondeur de cette phrase "ils ont peur de moi, et moi ils me font peur".
Je n'ai jamais entendu ça de la bouche d'un détenu, et encore moins d'un qui ne sait ni lire, ni écrire.
-  Mais enfin, délinquant toute votre vie, c'est pas un projet ça. Déjà vous serez en état de récidive, vous prendrez des peines de plus en plus lourdes, de plus en plus longues ; ça doit être insupportable d'être enfermé tout le temps, non ?
- Ah ben non. Je suis pas malheureux en prison moi. J'ai du boulot déjà. Et puis, il y a des règles, je les respecte, on me laisse tranquille. Non, franchement, j'aimerais mieux être dehors c'est vrai, mais je suis bien ici. Non, je ne suis pas malheureux en prison. Je m'adapte. Les animaux, ils s'adaptent bien, pourquoi pas nous ?

L'autre proteste : "ah non, moi je suis pas bien, j'ai pas ma femme, mes gosses, ma famille, j'ai besoin de les serrer contre moi." Il dit ça en refermant ses deux bras dans une étreinte câline.
Et c'est vrai que n'est pas la première fois que je remarque ça, cette façon qu'ils ont de manifester leur affection pour leur famille, d'exprimer facilement l'odeur des leurs, la chaleur et le contact qui leur manquent. Ils le font avec des gestes d'enfant, d'une manière presque animale, une sorte d'évidence naïve que beaucoup d'hommes hésiteraient à exprimer ainsi.

Mais le premier, il insiste :
"- Moi j'ai pas encore de femme, alors je m'en fous d'être ici. Vous savez, nous, on voudrait juste un boulot pour vivre. Mais puisque c'est pas possible, ben on se débrouille, et puis on va en prison, c'est comme ça. En plus, moi, j'ai la foi, je crois en Dieu, ça m'aide. Pas la foi de l'église hein, juste la foi. Je crois, c'est tout ; si on a du cœur, du courage, c'est moins difficile."
 Les gitans, c'est vrai, ils sont souvent à part. En détention, comme dans la vie, on ne les mélange pas. On les mets en cellule avec d'autres gitans, et c'est rare qu'ils posent des problèmes. Ils ont leur langue, leurs codes, tournent ensemble à la promenade.
Et finalement, moi aussi j'ai intégré cette singularité : au lieu de les associer à des groupes en fonction de leur niveau, je les appelle ensemble, quitte à gérer l'hétérogénéité. Ils n'aiment pas montrer aux gadjés qu'ils ne savent pas lire, et puis ils aiment bien travailler sur des sujets qui leur parlent, des contes manouches, le planisphère, les pays.
"- C'est quoi ça madame ?
- C'est le Maroc, l'Afrique du Nord. 
- Et l'Espagne, elle est où ? Son compagnon pointe un index vers la péninsule ibérique.
- Lisez moi les noms s'il vous plaît.
- Séville, Barcelone, Bilbao, l'Andalousie, la Catalogne, le Pays-Basque.
- Moi, je veux aller voir ça. L’Espagne. Oui, faut que j'y vais."
Ses yeux brillent.
C'est drôle qu'il soit focalisé comme ça sur l'Espagne.

A force de travailler avec eux,
et de me creuser le ciboulot pour tenter de les intéresser,
j'ai commencé à saisir pas mal de leurs difficultés,
à commencer par le fait que le français ne soit pas leur langue maternelle,
ce qui explique probablement que certains aient autant de mal à apprendre à lire.
Ce n'est pas pour autant que j'ai des solutions.
" - Vous savez madame, moi je viens au cours parce que j'aime bien. Mais j'apprendrai jamais à lire. Je veux vivre à l'ancienne;
- A l'ancienne ? Mais à l'ancienne, ça voudrait dire reprendre la route, aller où il y a du travail. Il y a encore beaucoup de voyageurs qui font ça : ramonage des cheminées l'été, bûcheronnage l'hiver... Mais vous, vous êtes sédentarisés, ça me paraît difficile que vous viviez à l'ancienne, surtout ici où il n'y pas pas de travail.
- Ouai, madame, c'est bien ce que je dis : à part, et à l'ancienne. Pas besoin de savoir lire. Des sauvages de la forêt je vous dis, c'est ce qu'on est."

Longtemps, je me suis figurée que, pour eux, les barreaux, les portes fermées, c'est encore plus insupportable que pour les autres.
Mais je commence à changer d'angle de vue, et à comprendre que la prison peut être intégrée logiquement à un parcours de vie
Qu'ils ont une forme de liberté intérieure, qui leur fait accepter dans une sorte de fatalisme, ce qu'ils ne peuvent pas éviter.
" - Vous savez pourquoi je suis ici ? Parce que je ne me suis pas présenté au contrôle judiciaire.
- Juste pour ça ? Mais vous avez pris cher, cinq mois, c'est beaucoup. 
- Ah, mais ça c'est parce que j'avais un sursis qui est tombé.
- Ok, mais pourquoi vous n'y êtes pas allé au contrôle ?
- J'ai pas le permis, pas de voiture, j'habite loin de tout, je peux pas y aller. Mais franchement, c'est bien comme ça vous savez.
- Je ne comprends pas.
- Ben si, regardez : je fais ma peine, je leur dois plus rien. Je sors : plus de contrôle, plus d'obligation de travailler, que de toute façon je trouve pas de travail. Voilà."

Van Gogh - Les bohémiens